UNE COMMUNE QUI OUVRE À LA PLANIFICATION ÉCOLOGIQUE
Ur gumun hag a zigor ar steuñverezh ekologel
Bifurcation écologique et règle verte
État des lieux
Ville intermédiaire dans la hiérarchie urbaine française, Quimper, en tant que préfecture du Finistère, a les attributs administratifs et politiques d’une métropole, à la fois relai local du pouvoir central et exerçant son attractivité – ou tentant de le faire – sur une partie de la pointe bretonne. Les pouvoirs locaux successifs tendent à mettre Quimper sur la carte de la mondialisation. On l’a vu en 2020 lors de l’implantation d’un entrepôt Amazon à Briec ou plus récemment avec la construction d’une grande salle au coût exorbitant (plus de 40 M€)1. Cette situation crée un paradoxe entre les ambitions d’une ville tournée vers l’extérieur et les nécessités quotidiennes de ses habitants.
Quelques réalisations ont été néanmoins faites concernant les questions alimentaires et agricoles :
QBO : 435 exploitations agricoles, 2 % d’emplois agricoles, 57 % des chefs d’exploitation ont plus de 50 ans, dont 93 ont plus de 60 ans ; pour répondre aux difficultés de transmissions, à l’initiative du Conseil Régional, signature d’une convention « Transmission des exploitations agricoles – optimisation du foncier » entre QBO et la Chambre d’agriculture de Bretagne (16 janvier 2025)2 ;
un Projet Alimentaire Territorial (PAT) à l’échelle de QBO (2021), dont l’impact réel et la visibilité dans l’espace et la communication publique sont faibles. Les Quimpérois.es ne semblent pas réellement informé.es : Quartier Fertile, La ceinture maraîchère, Projet d'aide au changement des pratiques agricoles, Les 48h de l'agriculture Urbaine3 ;
les prémices d’une ceinture maraîchère : installation d’une ferme de 4,3 ha à Penhars (Ferme de la Cascade – Kêr ar Lammdour) ;
les circuits courts et les circuits locaux dans les cantines : « 50 % de produits bio et/ou locaux servis dans les écoles et les Ehpad (19 % en 2020) » (« Bilan », tract de campagne d’I. Assih, décembre 2025). En fait sur le site de la mairie nous sommes à 38 % de produits bio et 9% de produits « qualité et durable hors bio ».
Néanmoins ces projets semblent être plus des vitrines d’attractivité et de gentrification qu’une volonté réelle de préserver le patrimoine naturel et agricole de la ville et de la communauté de Communes dans l’intérêt de ses habitants. Ainsi le projet de création de la ZAC de Kerjaouen (47ha) déplacerait la ZI de l’Hippodrome (zone inondable) en y implantant à la place des logements en partie sociaux4. L'assainissement de la zone de Kerjaouen nécessitera la pose d'une conduite d’eau tout au long de l'avenue du Morbihan, jusqu'au Corniguel, ainsi que la construction d'un poste de refoulement : quel en sera le coût ? Sans doute plus de 10 millions d’euros qui ne sont pas comptabilisés dans le coût actuel du projet.
Inondations et érosion des sols. Le dérèglement climatique provoque l’augmentation des pluies qui saturent d’autant plus les sols que la surface urbanisée (imperméabilisée) s’accroît régulièrement5. Les phénomènes de crues à Quimper, liés aux précipitations, aux marées et à la confluence6, sont ainsi amplifiés. La couleur boueuse des eaux, du Steir en particulier, pendant les crues montre également le lessivage et l’érosion des sols.
Gestion de l’eau. Le réseau de distribution et le traitement des eaux usées diffère selon les communes, soit gérés par la Régie de l'eau Quimper Bretagne Occidentale (Plogonnec, Locronan, Briec, Edern, Landrévarzec, Landudal, Langolen, Quéménéven) soit gérés par La Saur (Quimper, Ergué-Gabéric, Pluguffan, Plomelin, Plonéis, Guengat) à partir du 1er janvier 2024 pour cinq ans7.
Des alertes régulières sur la pollution des eaux du réseau (Station de pompage de Ploneis et vallée de l’Aulne) ne semblent pas produire une dégradation durable de l’eau dont la qualité est jugée plutôt bonne8. Néanmoins la mesure officielle ne prend pas en compte tous les paramètres, loin de là : quid des métabolites de pesticides, des résidus de médicaments et des plastiques. On ne trouve que ce que l'on cherche.
Enfin le réseau d'assainissement – qui a plusieurs fois montré ses faiblesses ces dernières années – et la station d'épuration du Corniguel vont nécessiter de très lourds et très coûteux travaux. Il est question, notamment, de refaire les canalisations qui passent sous l'Odet.
Gestion des déchets. Les questions de la collecte9 et de la valorisation des déchets ont été confiées à Veolia10 (marché public) et renouvelées annuellement. Peut-on se passer des services de Veolia en la matière (technicité) ?
Nos orientations politiques
« Les communs désignent des formes d'usage et de gestion collective d'une ressource ou d'une chose par une communauté. Cette notion permet de sortir de l'alternative binaire entre privé et public en s'intéressant davantage à l'égal accès et au régime de partage et décision plutôt qu'à la propriété. Les domaines dans lesquels les communs peuvent trouver des applications comprennent l'accès aux ressources mais aussi au logement et à la connaissance. »11
Inspirés par les travaux d’Elinor Ostrom (prix Nobel d’économie 2009 pour ses recherches sur la Gouvernance des Communs12), nous pensons qu’une rupture avec la question de la propriété est nécessaire. C’est cette rupture qui oriente notre démarche municipale vers une co-gestion populaire. Elle relie l’ensemble de nos propositions : la gestion des ressources (l'économie), la démocratie (le politique), la mobilité, le logement, la connaissance, la culture etc. car toutes les activités humaines prennent à la Nature sans que jamais nos sociétés « modernes », thermo-industrielles, n'aient pensé sérieusement aux conséquences de ce pillage du vivant, transformé en marchandise.
La règle verte, une boussole pour mettre en œuvre la bifurcation écologique : l’obligation, à l’échelle de la France, de ne pas prélever sur la nature plus de ressources renouvelables que ce qu’elle peut reconstituer, ni de produire plus de pollutions et de déchets que ce qu’elle peut supporter. Autrement dit, il s’agit de vivre et de décider dans le respect des limites planétaires, afin de construire une société véritablement soutenable et capable de préserver les conditions de vie pour les générations présentes et futures.
Nos propositions
Nous créerons une ceinture alimentaire pour Quimper et QBO, en proposant aux communes qui le désirent d’intégrer un programme de planification écologique :
établir avec les habitants un état des lieux la première année de mandat : sources d’émissions de gaz à effet de serre, des pollutions (eaux, airs, sols) et de la production de déchets, de l’état de la biodiversité et de l’artificialisation des terres sur le territoire de Quimper et de QBO :
en particulier : inventaire des exploitations et des terres pouvant s’intégrer dans un réseau de production incluant des paysans désireux de rejoindre la démarche, des paysans désirant s’installer pour s’y intégrer, des paysans salariés par la municipalité13. Rappel pour QBO : 57% des chefs d’exploitation ont plus de 50 ans, dont 93 d’entre eux plus de 60 ans ;
S’appuyer sur les projets alimentaires d’autres territoires (comme le Projet alimentaire alréen14 à Auray ou la Carte alimentation durable à Rennes15) ;
à partir de cet état des lieux organiser un débat citoyen d’orientation écologique visant à mettre en œuvre la règle verte sur le territoire communal et intercommunal ;
sanctuariser des espaces forestiers et agricoles de façon à planifier l’entrée de Quimper dans la dynamique de Zéro Artificialisation Nette16 ;
Établir une politique foncière de rachat de terres agricoles pour faciliter l’installation de jeunes agriculteur·ices ;
Créer une régie municipale de l’alimentation intégrant production, transformation et distribution. De nombreuses pistes s’ouvrent à nous par la salarisation sur des terres municipales, la fourniture à la cuisine centrale17 pour l’alimentation collective avec un objectif 100% bio (restauration administrative, scolaire et hospitalière, ehpad), la création d’unité de transformation – conserverie municipale – et de vente à des prix accessibles, la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation, d’un restaurant municipal), etc. Toute démarche permettant à chaque habitant d’accéder à une nourriture quotidienne, saine et en quantité suffisante ;
faciliter l’accès à un potager pour les particuliers.
créer un centre de formation dédié à l’agroécologie et à la permaculture ; organiser régulièrement visites et ateliers à la ferme pour les habitants souhaitant se former ;
Établir un plan intercommunal de lutte contre le frelon asiatique, prédateur redoutable non seulement des abeilles mais également de tous les insectes.
Concernant les inondations
S’appuyer sur des expertises intégrant les dynamiques à l’échelle des bassins versants du Steir et de l’Odet pour mettre en œuvre des solutions durables, qui intègrent l’augmentation à venir des risques inondation et submersion. Limiter l’artificialisation – Concertation avec les citoyens et acteurs concernés.
Au-delà des réponses techniques réduisant les nuisances auprès des riverains (barrages, digues et batardeaux, étude sur la suppression de la dalle du Steir, entretien des fossés) c’est un réel travail de fond pluriannuel, l’arrêt du bétonnage, de l’artificialisation des sols, la non construction en zones potentiellement inondables, qui réduira les conséquences des prochains épisodes d’intempéries pour Kemper, située aux confluents de trois rivières. Il est nécessaire en particulier d’engager un changement de la politique agraire : revenir sur la destruction des haies et talus, qui permettaient de retenir l’eau en amont des villes.
Lutter contre la pollution lumineuse 18: extinction hors temps d’activité des éclairages des boutiques, magasins, bureaux 19; développer les éclairages à la demande et à la détection de mouvement.
Pour le logement (voir section logement)
Pour l’eau :
Préparer un retour en régie municipale en 2029.
Pour les déchets et la dépollution :
Envisager la phytoépuration20 lorsque possible ;
Poursuivre et renforcer les actions du Programme « Territoire Économe en Ressources21 » ;
Continuer le déploiement des composteurs, notamment pour l’habitat collectif ;
Étudier le retour en régie directe du ramassage et de la « valorisation » des déchets actuellement confiés à Veolia .
Gratuité des transports collectifs
La gratuité générale et permanente aux transports publics collectifs pour toutes et tous habitant.es ou non est un moteur de changement des comportements et des mentalités.
Sans parler d'une mesure d'urgence sociale, climatique et sanitaire.
Revenons sur l'existant:
Le choix de QBO attribuait le contrat de délégation de service public à RATP Dev, pour la gestion du réseau de transport public QUB pour une durée de 6 ans et 2 mois à compter du 1er novembre 2024 va dans le bon sens même si nous favoriserons le retour en régie publique, en intégrant tous les salarié.es
La tarification sociale engendre encore beaucoup trop de tracasserie administrative et des inégalités.
La gratuité du samedi et du dimanche va aussi dans le bon sens mais sortons des demi mesures comme la nouvelle carte à 10 euros par mois pour certains.
La gratuité en accès libre des transports, puisque nos impôts financent déjà une partie de ces transports, est nécessaire écologiquement, socialement et sur le plan sanitaire.
Urgence climatique vu le rôle de la voiture dans l'émission de CO2
Urgence sociale vu le coût des transports et permettre la mobilité à toutes et tous, cela permet de se séparer du deuxième véhicule pour certains foyers.
Urgence sanitaire du fait de la pollution aux particules fines.
D'autre part, ces transports collectifs diminuent le nombre d'accidents, les bouchons. Apportent de la convivialité et mettent fin aux conflits et incivilités.
Elle est un facteur d'égalité, non discriminatoire qui évite le piège stigmatisant de la gratuité pour les seuls "pauvres".
Soyons ambitieux.ses
Cette décision politique est un marqueur fort de notre volonté de changement et d'amélioration du quotidien.
Aujourd'hui en moyenne les transports collectifs publics sont financés à 40% par l'impôt, 40% par le Versement transport des emplyeurs de plus de 11 salarié.es et autour de 20% billetterie. Cela signifie que QBO devra financer 3 millions 6 d'€. En fait un peu moins si l'on réduit le coût de la billetterie, les dispositifs de paiement, les contentieux pour non paiement, etc.
Pour rappel, la grande salle aura finalement coûté 41,2 millions d’euros au lieu de l'estimation à 10 millions d’euros promis par Madame Assih en 2020, dont 18,5 millions supporté par QBO et 5 millons par la ville.
En fait un peu moins si l'on réduit le coût de la billetterie, les dispositifs de paiement, les contentieux pour non paiement, etc.
Par ailleurs si l'on considère vraiment que la réduction de la circulation automobile est vitale, la ville et la communauté peuvent faire des choix budgétaires pour favoriser cet accès libre.
Avec la gratuité, les employeurs récupèrent leur participation à l’abonnement de leurs salariés.
les chiffres clés du transport gratuit en France:
d9dd304f-3a63-41d0-8875-f02ce091f038
1- https://www.ouest-france.fr/elections/municipales/comment-la-grande-salle-de-quimper-est-passee-de-8-a-plus-de-40-millions-deuros-en-six-ans-754c12aa-ab34-11f0-a829-eb0d2e70677d
2- https://www.quimper-bretagne-occidentale.bzh/actualite/44445/113-transmission-des-exploitations-agricoles-quimper-bretagne-occidentale-et-la-chambre-d-agriculture-de-bretagne-s-engagent.htm ;
3- https://www.quimper-bretagne-occidentale.bzh/1909-projet-alimentaire-territorial.htm
"Les projets alimentaires territoriaux (PAT) ont pour objectif de relocaliser l'agriculture et l'alimentation dans les territoires en soutenant l'installation d'agriculteurs, les circuits courts ou les produits locaux dans les cantines. Issus de la Loi d'avenir pour l'agriculture qui encourage leur développement depuis 2014, ils sont élaborés de manière collective à l’initiative des acteurs d'un territoire (collectivités, entreprises agricoles et agroalimentaires, artisans, citoyens, etc.)." (Ministère de l'agriculture et de l'alimentation).
4- Projet Kerjaouen/Hyppodrome : https://www.quimper-bretagne-occidentale.bzh/actualite/47671/113-extension-du-parc-d-activites-economiques-de-kerjaouen-poursuite-de-la-concertation.htm
5- Zone industrielle de l’hippodrome (1962), Zone commerciale d’Intermarché (1969), Zone commerciale Carrefour (1978), Zone commerciale de Gourvily (1989), ZA de Kerdroniou (1991) bientôt prolongée par ZAC de Kerjaouen n’ont cessé de croître depuis leur création, ajoutant leurs effets au remembrement (haies et talus détruits), à l’extension des zones d’habitation dans où à proximité de zones humides (Kervalgen, Penhars).
6- « Le bassin versant de l’Odet s’étend sur une superficie de 725 km², soit environ 11% de la superficie du Finistère. Il comprend 32 communes et 7 EPCI-FP. La population du bassin versant est de 140 000 habitants. Le bassin est traversé par un réseau hydrographique très dense de plus de 1000 km de cours d’eau dont l’axe principal est l’Odet qui prend sa source dans les Montagnes Noires à 305 m d’altitude. L’Odet est rejoint dans l’agglomération quimpéroise par deux principaux affluents, le Jet puis le Steïr avant de se jeter dans l’Océan Atlantique à Bénodet et Combrit-Sainte-Marine. Les zones humides représentent environ 10% du territoire. Les activités sont principalement agricoles à l’amont du bassin versant, urbaines autour de Quimper, et littorales à l’aval. » - https://www.appcb.fr/appcb/les-sage-en-bretagne/odet/
7- https://www.quimper-bretagne-occidentale.bzh/241-assainissement-collectif.htm
8- https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/R11461
9- https://www.quimper.bzh/1934-reduction-des-dechets-une-collecte-plus-ecologique.htm
10- Veolia Quimper, Zone de Kerdroniou. https://www.recyclage.veolia.fr/nous-trouver/agence-centre-valorisation-quimper
11- http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/a-la-une/notion-a-la-une/communs
12-https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Gouvernance_des_biens_communs_:_Pour_une_nouvelle_approche_des_ressources_naturelles
13- Reprendre le PLU dans les trois premiers mois : gel des terres qui peuvent être cultivées et qui étaient destinées à autre chose. Coopération avec la SAFER afin de faciliter l'établissement de fermes municipales ; établissement foncier régional ; faire un bail de location aux entreprises plutôt que les vendre pour conserver les terres.
14- https://www.auray.fr/ma-vie-pratique/le-projet-alimentaire-alreen
15- https://www.bretagnecirculaire.org/initiative/h/carte-alimentation-durable-un-projet-de-territoire-a-rennes.html
16- « Objectif zéro artificialisation nette (ZAN)
La France s’est fixée, dans le cadre de la loi Climat et résilience adoptée en août 2021 :
l’objectif d’atteindre le "zéro artificialisation nette des sols" en 2050,
avec un objectif intermédiaire de réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers dans les dix prochaines années (2021-2031) par rapport à la décennie précédente (2011-2021).
Par ailleurs, la loi ZAN du 20 juillet 2023 a permis de renforcer l'accompagnement des élus locaux dans la mise en œuvre de la lutte contre l'artificialisation des sols et de répondre aux difficultés de mise en œuvre du ZAN sur le terrain - https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/artificialisation-sols
17- La cuisine centrale : https://annuaire-entreprises.data.gouv.fr/etablissement/21290232400814
18- https://www.cerema.fr/fr/actualites/chiffres-eclairage-public-cerema-contribue-enquete
19- https://www.lakaa.io/article/point-reglementation-rse-quand-doit-on-eteindre-la-lumiere-des-vitrines
20- https://ec.europa.eu/regional_policy/fr/projects/France/water-pollution-management-using-plants-industrialised-by-a-company-in-occitanie
21- https://www.quimper-bretagne-occidentale.bzh/2001-programme-ter.htm
